par Pirolin

 

Cher Glaude,

Une grosse étoile jaune avec de l’allemand au milieu : « Jude » et un tas de débris informes et peu rassurants « KL -Auschwitz ». Une déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août. Une photo d’un parc national croate avec une cascade bleutée et un lac enchâssés dans un écrin de verdure. Une autre cascade, énorme celle-là, et en fer à cheval, juste à côté de la première : les États-Unis sont toujours les plus forts (Tu sais pas ? Ils ont creusé les chutes du Niagara artificiellement en employant des coolies au XIXe siècle et en utilisant des bombes à fragmentation atomique… Car ils possédaient déjà ce type d’arme dont la formule leur avait été transmise par les juifs de Russie en échange d’une promesse de création d’un État israélien, après la 2e guerre mondiale, qu’ils allaient eux-mêmes faire déclencher par un certain Hitler qu’ils ont grassement payé pour ça et dont, comme par hasard, ils ont fait disparaître le corps à la fin du conflit pour qu’il puisse vivre, bien tranquille, dans une petite communauté aryenne pacifiste en Ouzbékistan… Mais, je te passe les détails trop nombreux que m’a rapporté un illuminati de mon entourage proche).

Des coupures de journaux de la guerre 14-18. Un cheval à courtes pattes, orange et brun, dessiné à la main sur une paroi de caverne. Une photo satellite de l’Afrique, de nuit, avec ces petits points lumineux caractéristiques qui indiquent l’activité humaine. Enfin, une langue de sable courbée qui lèche la Méditerranée au bord de je ne sais quelle Espagne touristique de masse.

« C’est pas la bonne salle ! », j’ai hurlé. « J’veux pas y aller ! ». Personne ne semblait comprendre. « J’veux surveiller dans la salle de l’an dernier ! ». Je m’appliquais à accompagner mes vociférations de gestes amples et désordonnés qui ne servaient pourtant pas la précision des explications… Alors, j’ai insisté, plus fort encore : « la salle de l’an dernier ! Merde à la fin !!! ».

Quand j’ai dit merde, le principal de l’établissement, responsable en cette occasion du centre d’examen, est arrivé. Coïncidence ? Coup monté ? Toujours est-il que j’ai eu gain de cause ! J’ai pu y aller…

Tu te souviens, toi, la salle où y’avait eu la prise d’otage, avec le flingue et tout ?! Où je m’étais distingué par mon sang froid et mon inaction salvatrice ? Alors que, franchement, ça aurait pu tourner à la Charlie Hebdo, non ? Et personne ne s’en serait aperçu vu que c’était avant le 7 janvier et que les gens ont du mal à faire le lien avec des événements qui n’ont pas encore eu lieu.

Donc, pas con, j’ai voulu y retourner dans cette salle. Pourquoi ? Réfléchis… La probabilité qu’un tel événement se produise est ridiculement faible… Mais la probabilité que l’événement arrive à nouveau au même endroit… c’est carrément dérisoire. Gestion du risque optimale.

Et j’y suis !

Bon… Y’a personne… Aucun candidat planchant sur une épreuve écrite. Je suis seul. On m’a enfermé de l’extérieur. Au début, j’ai cru que c’était pour rire. Après, j’ai pensé que c’était pour me punir d’avoir crié. Ensuite, j’ai compris que c’était en attendant que les flics arrivent vu que j’avais gueulé un gros mot en milieu scolaire (et ça, mon pote, c’est strictement interdit par la circulaire du ministère de l’éducation nationale dans le B.O 13&3-RV-APT).

Maintenant… Je ne sais plus… Ça me paraît long tout de même, deux fois la nuit et là le soleil recommence à se coucher. Y’a plus beaucoup d’eau dans ma bouteille et j’ai mangé hier la deuxième moitié de la madeleine qui traînait au fond de mon sac.

Une vieille carte du monde enroulée sur l’armoire. Un enfant triste dont on ne sait si c’est une fille ou un garçon. Un drapeau du Brésil au crayon de couleur sur une feuille de classeur à grands carreaux. Du papier rose et un stylo noir… Tiens !

Tchao

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